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La machine à laver française

La machine à laver française

Historique

 

L´EPREUVE DE FORCE

photo 18web.jpg* histoire de la machine à laver est l´histoire d´une révolution. Avant, la lessive est une véritable corvée et se déroule deux à trois fois par an, sur plusieurs jours. le linge est d´abord trempé dans de grands bacs ("essangeage"). Déposé dans un cuvier en bois, recouvert d´un drap sur lequel on répand de la cendre, le linge est ensuite arrosé d´eau froide que l´on récupère par un robinet, pour la reverser sur le linge et ainsi de suite ("coulage à froid"). Après une nuit de repos, on verse de l´eau chaude qui, récupérée, est de nouveau chauffée et reversée jusqu´à ce que le linge soit bouillant ("coulage à chaud"). Après encore une nuit, le linge est sorti du cuvier et brossé ("lessivage"), puis rincé dans l´eau des rivières ("retirage"). Suit le tordage (le linge est frappé et tordu) et le séchage. S´il fait beau il est posé sur l´herbe pour y être azuré ("la mise au pré"). Dans nos machines actuelles, on retrouve à peu près toutes ces phases en raccourci: le prélavage (essangeage), sur certaines machines, une phase de quelques minutes de brassage sans chauffage (coulage à froid), puis le lavage (coulage à chaud et lessivage), les rinçages(retirage) et l´essorage (tordage).

←"La mère Denis" au lavoir (publicité Vedette - 1974)

Ce procédé ancestral n´est allégé qu´au milieu du 19ème siècle, avec la lessiveuse "de ménage", récipient en métal à double fond, doté en son centre d´un tube se terminant par un champignon percé de trous. L´eau est versée dans le fond, et le linge posé par couches. La lessiveuse est placée sur le poêle: par l´effet de l´ébullition, la vapeur force l´eau qui remonte dans le tube central et arrose le linge. Après une heure, le linge n´est pas lavé: une fois refroidi, on le savonne, on le frotte avant de le rincer aux lavoirs des rivières. Entre temps, on lave le linge délicat, car la lessiveuse ne sert qu´au coton et au lin épais. Certains autres instruments sont des aides, sans plus, telles la planche à laver ou la ventouse à manche.

                        photo 1.jpg←Lessiveuse en fonctionnement

 A LA FORCE DU POIGNET 

* En France, et avant d´être brevetées, les premières machines, manuelles, sont construites dès 1881 (concession générale LEMESLE) et 1898 avec Flandria ("barboteuse") à WATTRELOS, en forme de berceaux en bois avec un "racloir", qui, actionné par une sorte d´anse, frotte le linge contre des parois rainurées.

photo 2.jpgLe premier brevet est enregistré à l´INPI le 26 avril 1904. Son inventeur, M.HENIN, y décrit un tonneau de bois à double fond avec des parois dotées d´un relief. Un agitateur est actionné par une manivelle. On verse l´eau chaude sur le linge, on agite avec la manivelle puis on vidange par un robinet. La machine ne chauffe pas l´eau, ne le rince ni ne l´essore. C´est ainsi que sont conçues les 1ères machines (CONCESSION DES AGENCES REUNIES).

←Karine n°1 manuelle à agitateur - Les Agences Réunies - 1905

 

Le fer et le cuivre des cuves permettent parfois d´y ajouter un foyer au bois ou au charbon (PERLE), tandis que les 1ères machines à tambour actionnéesphoto 3.jpg par manivelle, plus petites, peuvent être directement posée sur la cuisinière (DUCELLIER). On peut fixer une essoreuse à rouleaux achetée séparément: deux rouleaux en caoutchouc tournent en sens inverse avec une manivelle. chaque pièce est introduite et pressée entre les rouleaux au fur et à mesure de leur rotation.

 

    Auto Moto à tambour -1927→

 

 

                                                         

 

* Les premières machines électriques, dans les années 1920, sont souvent semblables aux précédentes: le mécanisme d´entraînement (volant, manivelle) est simplement photo 14.jpgrelié par une courroie à un moteur électrique fixé sous la cuve (SPPED, PERLE). Ces machines sont peu sécurisées: fuites fréquentes, chocs électriques violents, bielles et moteur trop accessibles. Les manipulations d´eau et de linge sont encore importantes et seul le brassage devient moins pénible avec ces machines.

←DESMETS, cuve cuivre, agitateur, moteur électrique, essoreuse à rouleaux - 1929

 A PORTEE DE MAINS

 

* Les années 1930-1940 marquent le début des machines semi-automatiques. Alfred CONORD, en 1932, présente une machine qui lave et essore le linge dans la même cuve. Un tambour vertical rempli de linge dans une cuve pleine d´eau, chauffée avec une rampe à gaz, est muni d´un axe central avec des pales. Il fait des quarts de tour en régime lavage alors qu´il tourne en continu pour l´essorage centrifuge. C´est lephoto 4.png début des machines dites semi-automatiques: les commandes, rudimentaires, sont manuelles mais le linge n´a pas besoin d´être transvasé et manipulé.

 

         CONORD " BABY REVELATION" à agitateur et tambour essoreur - 1931→

 

Toutefois, les machines à laver, très chères, sont réservées aux grandes maisons bourgeoises et aux fermes d´importance (elles fonctionnent de plus souvent à l´extérieur!). La marche à la guerre des années 1930 est un frein à leur développement, même si on note des évolutions: les organes mécaniques sont de plus en plus encastrés et l´émail habille certaines carrosserie (MORS, THOMSON). Elles restent majoritairement rondes, design hérité des cuviers et des lessiveuses encore massivement utilisées.

* Après guerre, et pendant toutes les années 1950, les constructeurs, dont beaucoup se spécialisent dans les machines à laver (Arthur Martin, Bendix, Brandt, Flandria, Laden, Lincoln, Philips principalement) rivalisent d´astuces et de techniques autour de plusieurs méthodes.

Le linge est parfois immergé dans l´eau, et l´agitation de l´eau et du linge est obtenue par des agitateurs, comme chez THOMSON, par une hélice qui tourne à grande vitesse créant un courant d´eau qui entraîne le linge, comme chez Flandria, Brandt, Hoover (pulsateur), par des jets d´eau (PHILIPS) ou par des photo 5.jpgvibrations. On chauffe l´eau avant d´y laver plusieurs lots. Il est souvent possible d´essorer le linge dans une cuve séparée à tambour, une essoreuse manuelle à rouleaux ou une poche où circule l´eau pour presser le linge. D´autres machines à agitateur permettent d´essorer le linge sans manipulation: les pâles sont fixées à un tambour (comme la CONORD décrite plus haut).

←THOMSON à agitateur et essoreuse à rouleaux - 1954

D´autres machines ont des tambours fixés sur un axe horizontal. Le linge n´est pas immergé dans l´eau, mais soulevé hors du bain lessiviel jusqu´en haut du tambour pour y retomber ensuite. Le lavage est obtenu par la chute du linge et le frottement des pièces les unes contre les autres. La rotation alternée évite l´emmêlement et les tambours peuvent essorer le linge par la force centrifuge sans aucune manipulation de linge, mais à de faibles vitesses (300 tours minutes en moyenne). Il faut parfois fixer les machines au sol pour éviter qu´elles ne se déplacent dans cette phase critique. Cette technique de lavage est plus fidèle aux photo 6.jpghabitudes françaises: comme il y a moins d´eau à chauffer et que le brassage est plus doux, la cuve peut être alimentée en eau froide et chauffée pendant le lavage: les tâches ne sont pas "cuites" par l´adjonction d´eau déjà chaude. De plus, le lavage peut se faire jusqu´à l´ébullition, à laquelle les françaises sont très attachées depuis la lessiveuse.

                                                                         Atlantic semi-automatique à tambour - 1955→

 

Les machines sont encore très rarement automatiques: réservées aux laveries automatiques, elles sont encore bien trop chères pour que les particuliers ne se les offrent, alors qu´ils restent méfiants face à la très grande diversité des techniques proposées. BENDIX en 1949, sous licence américaine, LADEN en 1949 aussi et VEDETTE en 1953 proposent ainsi les 1ères machines à laver automatiques, permettant l´enchaînement de toutes les opérations sans intervention de l´utilisatrice.

photo 7.jpg←Bendix automatique - 1953

 DU BOUT DES DOIGTS

 

* est dans les années 1960 que la machine à laver connaît en France son véritable succès. Les machines à agitateur et à pulsateur disparaissent, sauf pour "les deux cuves" (une pour laver, l´autre pour rincer et essorer) qui constituent pour les grandes familles un investissement financier moins lourds. Les plus diffusées au début des années 1960 le sont par FLANDRIA, ARTHUR MARTIN et HOOVER.

 

Flandria 2 cuves - 1957→photo 8.jpg

 

photo 15.jpgDans les machines semi-automatiques, les constructeurs optent pour les machines étroite à tambour horizontal, à chargement par le haut, ce qui permet de les intégrer plus facilement dans les logements urbains qui n´ont pas de buanderie: la VEDETTE de 1957 n´a que 45 cm de large, LADEN lance une Babette de 40 cm de large en 1959, BRANDT commercialise en 1960 une statomatic de 43 cm. Elles n´ont plus besoin d´être fixées au sol. La commande de chaque opération est manuelle pour le remplissage, le chauffage, le lavage, la vidange, l´essorage et des contrôles visuels permettent de savoir quand il faut arrêter certaines opérations (niveau d´eau pour le remplissage; thermomètre pour le chauffage).

 

←Brandt semi-automatique stato 46 - 1963

Par la suite, chaque fonction est automatisée: le pressostat et l´électrovanne coupent l´arrivée d´eau quand le niveau requis dans la cuve est atteint, le thermostat arrête le chauffage à la température sélectionnée, le minuteur commande la durée des autres opérations.

Enfin, le programmateur rend possible l´enchaînement de toutes ces opérations sans intervention manuelle: VEDETTE en 1957, BRANDT en 1960 et surtout 1963 avec sa statomatic 47, LADEN photo 9.jpgavec sa Super Babette en 1961, LINCOLN avec sa NORMA en 1963. Les autres marques suivent à partir surtout de 1965. En 1966, 8% des machines vendues sont non automatiques, nécessitant des manipulations de linge entre le lavage, les rinçages et l´essorage (ce sont surtout des "deux cuves"); 47% sont semi-automatiques et 45% sont automatiques.

 

                                                                                                                                          Vedette Quiétude automatique - 1963→

 

photo 10.jpgC´est à la fin des années 1960 qu´apparaissent les machines "portables" ou mini machines à laver, assez rudimentaire, en plastique et qui allègent le lavage et le rinçage sans essorer et sans chauffer l´eau: SUFAM en 1963, CALOR en 1967, MOULINEX en 1968, ITT en 1975 (avec un tambour plastique à rotation alternée).

 

←MOULINEX- 1968

 

* Dans les années 1970, les foyers finissent de s´équiper (35% le sont en 1960, 57% en 1971 et 70% en 1974): la machine à laver devient un bien de renouvellement, grâce une politique de très forte concentration - autour de 3 groupes (THOMSON-BRANDT, ARTHUR-MARTIN et PHILIPS) et deux marques indépendantes (LINCOLN et FLANDRIA) - doublée d´une sectorisation avec de nombreuses sous-marques utilisées en fonction de la clientèle visée (ARTLANTIC, FRIGEAVIA, FRIGIDAIRE, FAURE etc.).

Les programmes se multiplient (lavage biologique, Laine Woolmark, blanc éco ou programmes demi-charge) de même que les fonctions: lavante-séchantephoto 11.jpg en 1976 (bien qu´elle existait en 1958 en version semi-automatique), départ différé, essorage variable). L´électronique entre "par la petite porte", de manière non visible, comme système de gestion des programmateurs encore mécaniques, puis de manière visible avec les touches sensitives, sans grand succès.

La concurrence est européenne: italienne pour les antrées de gammes (Indesit, Zanussi, Candy), anglaise avec Hoove et allemande pour les hauts de gamme (Miele et Siemens).

  

 

                                                             

                                                                                                                                                           Thomson Atlantic - 1970→

photo 12.jpg← Vedette 584 Super -1979

 

 

EN TETE A TETE

 

* Les années 1980-1990 marquent un triple tournant dans le fonctionnement, le design et l´internationalisation. L´électronique donne naissance aux machines réactives, qui ne se contentent plus de réaliser un programme défini en fonction de la position des commandes, mais qui modifient certains paramètres (niveau d´eau, cadence de brassage, essorage) en fonction d´informations données de divers capteurs, permettant de mesurer la nature du linge par sa capacité d´absorption: technique ISO de THOMSON. Le programmateur mécanique, qui avançait pas à pas au long du programme, disparaît: désormais ce sont des diodes lumineuses qui donnent l´état d´avancement du programme.

photo 17.jpg←Thomson ISO électronique à touches sensitives - 1985

 

La machine perd ses signes distinctifs: les boutons se font plus discrets, le plastique règne en maître, les bacs à produits sont tous encastrés dans les couvercles des machines pour celles qui se chargent par le dessus. les tableaux de commande sont désormais tous à l´arrière de la machine, à plat, moulés dans le carrénage, alors qu´ils étaient selon les marques, en façade ou à l´arrière parfois sur d´imposants dosserets. Le verre et le chrome ont disparu. Le logo devient à peine visible.

La machine s´est internationalisée. Les grandes marques disparaissent (FLANDRIA, LINCOLN, PHILIPS), d´autres ont été rachetées par les étrangers (BRANDT par l´espagnol FAGOR, PHILIPS par l´américain WHIRLPOOL, ARTHUR-MARTIN par le hollandais ELECTROLUX). la concurrence étrangère est forte et renouvelée (LG, SAMSUNG, HAIER).

* Que reste-t-il de la machine à laver française dans les années 2000? Toutes les machines européennes se ressemblent. La France, comme ses voisins, a définitivement opté pour le tambour horizontal, plus tôt que certains photo 13.jpgpays, et l´insuccès de la DAEWOO à pulsateur dans les années 1995 et de la DYSON à double tambour tournant en sens inverse du début des années années 2000 en sont l´illustration.

                                                                                           DAEWOO à pulstateur et tambour vertical - 1995→

photo 16.jpgUn signe distinctif garde la vie dure en France: les machines s´y branchent sur l´eau froide, alors que les autres européennes ont deux arrivées d´eau, chaude et froide, le chauffage de la machine n´intervenant que pour compléter la montée en température. C´est la survivance de la méthode du lessivage "à la française", qui veut qu´un lavage n´est pas efficace si on le trempe directement dans l´eau chaude, ce qui fait cuire les taches. Preuve que l´histoire de France de la machine à laver reste très influencée, plus d´un siècle après le dépôt du 1er brevet, par les exigences des utilisateurs...

 

←Machine à laver moderne (Arthur Martin, début 2000)

 

 

L´avenir? La machine à laver consomme de moins en moins d´eau et d´électricité, nécessite de moins en moins de manipulations et offre une très grande polyvalence, capable de laver un T-shirt ou une couette, d´utiliser la vapeur  ou les propriété de l´électrolyse  pour laver sans lessive.

Est-elle de moins en moins belle? les audaces remarquées de certains designers ( la contrarotaor de Dyson ou la Moon d´Indesit) pour les rendre plus symptatiques font naître une lueur d´espoir. Faut-il encore que ce type de machine soit accessible aux portefeuilles des particuliers, qui doivent aussi accepter l´idée que laver le sale ne se fait pas forcément dans l´anonymat et l´oubli d´un infâme cube blanc...

                                                              

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